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Discours de François Bayrou, Bordeaux, 10 avril 2014

Discours de François Bayrou, Bordeaux, 10 avril 2014Sud-Ouest

16 avril 2014|14:55

Mes chers amis, à l’ouverture de cette première rencontre de la campagne que nous allons mener pour les élections européennes, nous avons évidemment en nous à la fois un très grand chagrin et une très grande reconnaissance.

Nous avons appris à midi que Dominique Baudis venait de partir aux termes d’une maladie cruelle et très douloureuse, au fond très brutale. Pour beaucoup d’entre nous, pour moi en tout cas, ce sont 40 années d’amitié, de combat, de conversations, de rires,  d’engagements qui me sont revenus à tous à l’esprit. C’était un homme profondément attaché à l’intérêt général, capable de l’imposer y compris dans les circonstances les plus difficiles. Je dis aux chaines de télévision qui sont là que, sans lui, la TNT ne se serait pas installée en France et qu’il l’a imposée y compris en passant outre des forces de résistance très importante. Il a été un très grand élu, Toulouse a été sa passion, à la suite de son père tout le monde le sait, il en a fait un phare parmi les villes du sud-ouest. Il a été un député européen, il a conduit notre liste en 1994, il était généreux et heureux de son engagement. L’Europe était évidemment au cœur de cet engagement, quand je l’ai rencontré il était président des jeunes centristes européens. Puis il a été atteint par cette horrible affaire Allègre, il en a vécu intimement un drame épouvantable, une blessure, une brulure qui bien sûr s’est cicatrisée mais ne s’est pas effacée. C’est pourquoi, la dernière fonction qui a été la sienne, cette responsabilité de défenseur des droits, au fond, cela rassemblait en une seule responsabilité à la fois son sens de l’intérêt général et sa vocation de lutter contre l’injustice dont il avait fait lui-même la si douloureuse épreuve.

C’est pourquoi je veux simplement vous dire, avec le chagrin que vous imaginez pour toute notre famille politique, - j’en parlais avec Bernard Bosson à midi -, il y a un temps où nous étions les 3 B, Baudis, Bosson Bayrou, de la même famille politique, avec le chagrin que vous imaginez je veux simplement dire notre reconnaissance très grande, parce que quand il y a des hommes qui marquent ainsi un combat, cela mérite aussi que l’on y pense que l’ on pense à eux pour dire merci. Alors je vous propose qu’on le dise par une minute de silence.

Merci.

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Mes chers amis,

Ce que nous avons à dire aux Français à propos de l’Europe et de la France, personne d’autres que nous ne peut le dire. Au fond, si nous avons cela à l’esprit, la campagne devant nous va être une campagne facile et heureuse. Alors, naturellement, au départ tout le monde voit bien que cette campagne apparait comme un défi, un immense défi. Parce que chacun d’entre nous mesure, et les observateurs plus que les autres, qu’il y a un sentiment antieuropéen profondément entretenu, qui est en train, semble-t-il, de marquer des points et que les défenseurs de l’idée européenne sont, on va dire ça prudemment, « tièdes ».

Et bien, nous ne sommes pas des tièdes, nous sommes engagés fortement, passionnément, pour défendre quelque chose qui est absolument essentiel et qui fait partie du destin de la France. Je voudrais dire un mot sur ce sujet.

Je pense que la grande question est de réinscrire l’Europe dans le projet français, le projet national français. L’Europe ce n’est pas à côté de la France, ce n’est pas quelque chose que l’on y ajoute, ce n’est pas quelque chose dont on pourrait se passer. L’Europe est au cœur de ce que le peuple français et l’histoire de la France et les responsables français ont fait depuis des siècles. Je dis depuis des siècles, parce que, permettez-moi de le rappeler, le premier qui ait formulé le projet européen, qui l’ait nommé, qui l’ait appelé le grand dessein, le premier qui a fait ça : c’est Henri IV. Je n’ajoute rien, je ne magnifie pas, je ne glose pas, je n’invente pas : ceci est l’histoire elle-même. C’est Sully qui, dans ses mémoires,  le raconte. Il dit que, toute la fin de vie d’Henri IV a été habitée par cette idée, qu’il fallait que ces royaumes et ces principautés européennes, qui n’arrêtaient pas de se faire la guerre, fassent un conseil ou une commission et qu’ils essaient de faire que leurs divergences d’intérêts se règlent autrement que par la guerre.

 Il a appelé ça le grand dessein, la grande volonté. Je trouve que c’est éclairant qu’au travers du temps tous ceux qui ont été les figures mêmes de la France, Victor Hugo, et puis tous les hommes d’Etats du XXe siècle, que tous ceux là aient vu dans l’idée européenne l’aboutissement de l’idée nationale française, un achèvement de l’idée française. Pourquoi ? Parce que l’idée nationale française, elle n’existe que dans l’universel. Yves, tu as eu la responsabilité de la France des outremers. L’outremer est nécessaire à la France comme un oxygène, la France est un pays qui veut s’adresser aux autres au-delà de ses frontières, porter un message au-delà de ses frontières,  c’est pourquoi j’écoutais si attentivement ce que tu disais a l’instant au micro.

Je dis au passage que j’ai eu Jean-Louis Borloo au téléphone juste avant d’entrer dans cette salle. J’ai trouvé que sa voix était absolument claire et en forme.  Il m’a dit quand même :  « je suis fatigué.  Ne leur dis pas que je suis trop en forme ».  Mais, moi j’ai trouvé qu’il allait vraiment beaucoup mieux depuis quelques jours et que donc nous n’avons qu’une chose à dire :  nous attendons qu’il revienne, qu’en tout cas nous sommes absolument certain de son engagement auprès de vous, auprès de toutes les listes qui sont là et que lui dans le moment de repos qui est le sien, et moi comme élu local en Aquitaine et maire de Pau, nous sommes entièrement mobilisés pour soutenir ces listes que vous allez présenter aux français.

Permettez-moi de dire que nous avons voulu cela, Jean-Louis et moi. Mais sans vous deux qui êtes assis l’un à côté de l’autre, sans Marielle de Sarnez  et Yves Jégo qui ont fait le travail long de persuasion et de rapprochement des points de vue, ce rassemblement n’aurait pas pu avoir lieu, et qu’il est juste, que l’une et l’autre, on vous applaudisse pour cette réussite.

Je voudrais vous dire ceci : j’écoute beaucoup comme vous tous les débats, les échanges d’arguments autour de cette grande question que nous avons à traiter. Tous les arguments et les chiffres que l’on peut avancer sont importants pour moi, mais ça n’est que secondaire.

 La question principale, c’est de savoir si vous aimez cette Europe que nous avons à construire ou si elle vous est indifférente.  La fierté de notre vie, de tout ce que nous avons bâtis ensemble les uns et les autres a toutes les époques et depuis longtemps, c’est que nous ne faisons pas cela seulement par raison. Nous faisons cela par amour, par affection, par engagement. Je n ‘ai pas honte de le dire devant vous : moi j’aime l’idée européenne. J’aime le fait que depuis des décennies il y a des hommes qui l’ont faite contre tous les conformismes…

 Je ne sais pas si vous imaginez ce que c’était au lendemain de la guerre que de se lancer - je pense à Robert Schuman, je pense à Jean Monet - que de se lancer dans cette aventure incroyable. Pas seulement de faire la paix, pas seulement de tendre la main, mais de décider une fois pour toutes que, désormais, ces maisons séparées et antagonistes formeraient une maison commune ; que désormais nous n’allions pas seulement vivre a côté les uns des autres mais vivre ensemble. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela veut dire.

Sur le monument aux morts du village d’où je suis originaire dans les Pyrénées, qui comptait il y a exactement cent ans à la veille de la guerre de 1914, ce village comptait 320 habitants il y a 32 noms sur le monuments aux morts. 10% de la population totale. Si vous enlevez les femmes, les plus de 40 et 50 ans et les moins de 20 ans, vous avez, je ne sais pas, la moitié des garçons en âge militaire qui y ont laissé la vie. Le maire, qui a mis 32 fois son costume pour aller ouvrir le portail, il suffisait qu’on le voit arriver pour que l’on sache ce que cela voulait dire. Et 30 ans après, voilà des hommes incroyables qui sont venus et qui ont dit on va ensemble décider que, désormais, ces peuples séparés allaient former d’une certaine manière un peuple commun, que ces nations séparées allaient garder toutes leur identité et pourtant former ensemble une nation. Ceci est la plus extraordinaire aventure historique que jamais des peuples et des nations aient décidé de vivre ensemble. C’est sans exemple dans l’histoire de l’humanité et je vous demande, je supplie, que l’on ne perde pas de vue cet essentiel là. Je le dis devant Marie-Thérèse François Poncet, au lendemain de de la signature du traité de Rome dont Jeff Poncet était le plus jeune des rédacteurs, je ne peux pas ne pas avoir une pensée affectueuse pour lui. Vous vous souvenez de l’immense débat sur l’Europe, à cette époque, au sein du peuple français. Il y avait eu la communauté européenne de défense qui avait été rejetée. Vous vous souvenez dans quelles circonstances, par une alliance de gens qui n’avaient en commun que ce refus. Et puis il y eu le traité de Rome en 57. Et puis, en 58 le Général de Gaulle revient au pouvoir et évidemment les gaullistes, députés, militants de l’époque s’étaient opposés au traité de Rome. Donc le général de Gaulle revient au pouvoir et ses conseillers lui apportent le décret ou, en tout cas, la décision qui entrainerait la sortie de la France du traité de Rome. C’est pour moi l’un des moments les plus émouvant de notre histoire du dernier demi-siècle. On lui apporte cette décision, il prend son stylo, et en marge de cette décision, on lui  proposait de sortir de l’Europe. Il dit : « Non, les Français sont forts mais ils ne savent pas ». Vous vous rendez compte de ce que cela veut dire, surmonter tant de préventions, triompher de tant de réticences au nom de l’idée que ça n’est pas en se refermant qu’on montre sa capacité ou sa force. C’est en acceptant de s’ouvrir à la condition évidemment que cette ouverture soit solide, raisonnable, cohérente et qu’elle aille dans le bon sens. Je déclare cette affection, cet engagement pour l’idée européenne. Vous me direz : « mais tout ne vas pas bien en Europe ! ». Tiens donc ! Vous trouvez que tout va bien en France ? Vous trouvez qu’en 2014 en France, 2014, 2013, 2012, 2010, depuis le début des années 2000 et avant, vous trouvez que tout allait bien ? Mais cela n’est pas parce que nous pouvons être en désaccords profonds avec François Hollande ou son gouvernement, j’en dirai sûrement un mot avant la fin de cette conclusion. Ce n’est pas parce qu’on peut être en désaccord avec la manière dont un certain nombre de choses se passent qu’on envisage de sortir de la France, parce que la France c’est nous. Nous sommes chair et sang de la France. C’est comme ça, on ne peut pas en sortir. Et bien de la même manière nous sommes chair et sang de l’Europe. C’est pareil. Si vous regardez le combat que nous menons, non pas seulement comme le combat d’un courant politique, d’une volonté politique, d’une idée politique, ce que nous sommes, si vous le regardez comme le combat d’une génération, alors vous vous tournez vers ceux qui ont 20 ans, ceux qui ont 18 ans, ceux qui ont 15 ans, 25 ans et vous regardez comment ils vivent. Il y a Erasmus. Ils vont faire une partie de leurs études dans les pays voisins. Mais il n’y a pas que ça. Ils travaillent. Ils bougent. Ils aiment. Ils rencontrent. Ils se marient, quand ils se marient avec des garçons et des filles qui sont nés dans les autres pays qui nous entourent, ils vont y vivre et y travailler. Dans le petit village d’où je viens à côté de Pau, il y a un garçon qui a monté une formidable jardinerie. Et bien, il prend son camion, il va acheter des plans, des bulbes, des arbustes et des arbres aux Pays-Bas. Il va acheter des plans en Italie. Il va acheter de la tourbe en Pologne avec son camion venu du pied des Pyrénées. Il va acheter des arbres en Espagne et pour lui c’est son espace de vie. Et vous croyez que quelqu’un peut décréter ou décider que l’on peut sortir de ça ? Chez nous, toujours aux pieds des Pyrénées, on fabrique un sur deux des moteurs d’hélicoptères qui volent dans le monde, avec Safran Turboméca. On fabrique les trains d’atterrissage d’Airbus et de Boeing. Vous croyez que quelqu’un va fermer les frontières ? Ce n’est pas vrai. C’est un mensonge. C’est au sens propre du terme une escroquerie intellectuelle et affective. L’Europe, elle est faite, et nous sommes l’Europe ! Chacun d’entre nous. Nous sommes, dans notre vie privée des Européens. Et il suffit de le reconnaitre pour placer le débat définitivement à sa juste place. C’est pourquoi nous avons formé « Les Européens ». Une fois que le débat est placé à sa juste place il n’y a qu’une seule question à poser. Cette Europe, qui existe et qui existera, ne fut pas faite pas par une décision juridique, mais par l’édification humaine, personnelle, des filles, des garçons, des adultes, des gens plus âgés, qui tous désormais partagent une vie d’européen. Cette Europe-là, est-ce que vous la voulez chaotique, sans direction, sans capacité de choisir un cap, ou est-ce que vous la voulez politique ? La question que nous posons est celle-là. La question à laquelle l’histoire répondra c’est celle-là. Et la seule proposition claire qui existe dans le jeu français, dans l’offre du débat électoral français, c’est celle que nous avançons. L’Europe existe, elle est indestructible elle est faite et nous, nous refusons qu’elle soit chaotique. Nous voulons qu’elle soit politique. Voilà la position qui est la nôtre.

Ceux qui plaident pour que l’on en sorte ou que l’on annonce qu’on va en sortir parce qu’évidemment personne ne le fera jamais, ceux-là, ils plaident pour que cette Europe qui existe soit la proie de forces totalement étrangères à ce que nous voulons et à ce que nous sommes, qu’elle soit la proie des puissances qui sont en train de s’établir sur la planète qui ont leur ligne. Je vous demande de regarder ce que Monsieur Poutine a à l’esprit. Je n’ai absolument rien contre la question identitaire. Je sais fort bien que du côté de la Crimée il y a une question d’identité régionale et que cette identité est évidemment russe par son essence. Je sais ça. Je vois bien que dans le monde où nous sommes les identités prennent une place très importante et les langues prennent une place très importante. Comment en serait-il autrement ? On est dans un tremblement de terre perpétuel où chacun cherche à se situer, à s’enraciner, à s’affirmer. Regardez ce que Monsieur Poutine a à l’esprit et regardez la manière dont il agit. Le choix et la méthode que Monsieur Poutine a choisis, c’est de placer l’ensemble des autres forces politiques du continent européen devant le fait accompli de la force, devant le fait établi de la force. C’est loin d’être le plus ou le seul menaçant. Regardez les forces qui sont en train de surgir à la surface de la planète. Je vous demande de regarder la part de PIB que la Chine consacre à son armement. Plus de 10% estimés, cela doit, si vous êtes un responsable, si vous êtes un homme d’Etat, cela doit vous mettre devant vos responsabilités. Des puissances qui sont en train d’avancer, qui ont des stratégies - je ne peux pas leur reprocher d’avoir leur stratégie -, je nous reproche de n’en avoir aucune ! L’établissement de la Chine sur le continent africain, si l’on ne regarde pas ce que cela signifie sur le long terme, alors on se condamne à être aveugle et sourd devant les événements qui vont se produire. Je devrais citer les puissances criminelles parce que ceux qui croient que cela n’existe pas - les puissances criminelles, et les réseaux de toute nature - si quelqu’un vient et me dit : « devant ces puissances Monsieur Bayrou, que vous évoquez comme cela, moi j’ai bien réfléchi le mieux c’est que l’on soit tout seul ». On va se défendre tout seul, ignorant la loi, alors que la loi la plus claire qui est que quand on établit des frontières comme ça, ou qu’on les rétablisse ou qu’on annonce qu’on les rétablit, alors ce sont des frontières qui marchent pour les gendarmes et qui ne marchent pas pour les voleurs et pour les trafiquants et les criminels et pour les trafiquants d’êtres humains parce que eux se fichent des frontières comme de leur première couche-culotte. Les autres, les policiers, les juristes, les avocats, les procureurs, eux les frontières s’imposent à eux et alors je peux prendre absolument tous les sujets et mesurer qu’une fois que vous avez évacué la question des a priori politiques en raison, il n’y a pas d’autres solution que de bâtir cette union politique dont nous avons besoin pour répondre aux questions qui se posent à nous. Il y a une question sur laquelle nous devons, nous les listes de « l’Alternative, Les Européens » de l’UDI et du MoDem, prendre un engagement solennel. Cette question, tout à l’heure dans le débat, elle est venue naturellement toute seule comme la question principale. Si on pense que l’Europe existe et qu’elle est définitive, si on veut que cette Europe soit politique, alors il faut qu’elle traite une question qui est celle des disparités de concurrences sociale et fiscale qui existent au sein de nos pays et il faut qu’elle la traite vite et il faut qu’on en prenne un engagement solennel au fond, si nous en avions qu’un seul moi je supplierai que ce soit celui-là c’est-à-dire que nous, nous allons nous engager à ce que dans le délai le plus bref possible et l’étape de 5 ans que nous vivre doit être décisive nous allons aller au moins dans la zone euro et au moins au cœur de la zone euro je regarde cet ensemble que nous formons les allemands les français les italiens les espagnols le Benelux, si on prend ça on a 250 millions de personnes, si au cœur de cet ensemble là, nous faisons en sorte que nous ayons une convergence rapide en matière fiscale et en matière sociale alors la question européenne pour nos compatriote elle est résolue.

Au fond, il n’y a pas beaucoup d’autres sujets. Je sais très bien que quand on a une monnaie commune, il faut une politique économique et budgétaire mais on a des instruments pour faire ça, on a des commissions des finances dans nos Parlements qui peuvent travailler ensemble. On a dans les institutions européennes des autorités qui sont capables de regarder, de dire à l’avance « attention » et puis de conduire vers une convergence. Mais on a besoin d’avoir un cap ferme et un calendrier court. Alors je sais bien que l’on dit quelque fois, 15 ans ou 10 ans. Moi je dis prenons le calendrier de 5 ans. Soyons ceux qui défendent l’idée envers et contre tous mordicus, y compris contre ceux qui n’en veulent pas et qui sont nombreux au sein du Parlement européen, que nous prenons comme engagement premier que dans les 5 ans qui viennent d’aller vers une convergence fiscale et sociale au moins dans la zone euro. Et s’il y a ça, alors les artisans béarnais, basques, les artisans aquitains, les buralistes qui vendent des cigarettes, tous ceux qui souffrent de tant d’injustice, d’inéquité, ceux-là y trouveront une réponse et y trouveront des gens pour les défendre, des gens qui se battent pour eux. Voilà pour moi l’idée que je me fais de cet avenir. Vous voyez ce n’est pas un avenir indifférent. Ce n’est pas un avenir uniquement rationnel dans lequel on essaie d’opposer des arguments à d’autres arguments ou des arguments qui ne convainquent que ceux qui sont déjà convaincus. En revanche, si vous avez la puissance de ceux qui aiment quelque chose, qui ont envie de convaincre, qui ont envie de renverser les barricades alors quelque chose se passe qui est de l’ordre de l’affectif. Et l’affectif est beaucoup plus fort que le rationnel en démocratie.

Une conviction et un cap simple nous différencieront beaucoup de tous les autres. J’ai été, permettez-moi de le dire extrêmement surpris et choqué de la décision de la composition du gouvernement qui a été annoncée hier avec les secrétaires d’Etat. Une fois pour toute, je ne suis pas un opposant systématique. Une fois pour toute, je ne considère pas qu’un pays se résume à la guerre de deux camps. J’ai trouvé que Manuel Valls a fait un exercice sur la forme réussi. Sur le fond,il laisse sur la faim parce qu’il manque beaucoup de chiffres sur ce qu’il veut faire. Je peux être en désaccord sur certains points, comme je peux ne pas être d’accord sur le fait de concentrer la baisse des charges sur les plus bas salaires parce que l’on fait des trappes à bas salaires et que des trappes à bas salaires notamment pour les jeunes, il y a en a beaucoup et il y en a trop. Et vous voyez, je suis capable de ne pas huer, d’écouter, de dire que quelque chose est bien. Je suis heureux que François Sauvadet et Jean Lassalle, chacun à leur manière, montrent un ton différent du débat que nous avons eu à l’Assemblée nationale après le discours de politique générale. Je trouvais que c’était plus juste que des attitudes systématiques. Je trouve que ce ton différent dans la campagne électorale est précieux. Mais j’ai été alors surpris, choqué et scandalisé que Monsieur Harlem Désir qui est viré de ses fonctions à la tête du Parti socialiste alors que tous les socialistes importants ont dénoncé la vacuité de son bilan et quand je dis la vacuité de son bilan je suis sympathique dans l’expression. Tous ont dit : « il était inaudible, c’était un ratage complet ». Et bien que fait-on ? On le nomme au gouvernement, on lui donne les Affaires européennes. Alors je voudrais que vous réfléchissiez à ce que cela veut dire que, comme lot de consolation à quelqu’un que l’on veut exclure des fonctions politiques, qui étaient les siennes, on ne trouve rien à lui confier d’autres que les Affaires européennes. Au passage un chiffre : c’est le 12e ministre ou secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes en 12 ans. Vous voyez ce que ça veut dire comme turn over, comme succession de « je m’installe », « je m’en vais » alors que l’Europe cela devrait être au contraire une œuvre dans laquelle on s’investit dans le long terme, dans laquelle on cherche à rencontrer les responsables des autres pays, à nouer avec eux une relation profonde. De Gaulle et Adenauer ont mis des années pour avoir la relation qu’ils ont bâtie. L’Europe, on apprend les mécanismes simples, des décisions européennes, on y représente la France, on s’y investit, on s’y enracine, on considère que c’est essentiel, que ça vaut la peine d’y passer une large tranche de vie. Au lieu de cela, les Affaires européennes sont confiées a celui qu’on exfiltre de ses fonctions. Cela signifie que pour eux, l’Europe est secondaire, subsidiaire, sans intérêt, quelque chose auquel on n’accorde pas une attention centrale. Si en France en 2014, au moment où nous avons devant nous le sujet le plus important du siècle, le chargé des Affaires européennes ne siège pas au Conseil des ministres, et si on nomme dans cette fonction celui qu’on veut expulser d’une autre, alors ça veut dire que nos dirigeants actuels ne comprennent pas l’ordre des priorités qui devraient être celles d’un pays comme la France. C’est une décision méprisante et qui à elle seule justifie notre engagement et la manière dont nous avons composé nos listes, parce que nos listes nous les avons composées avec une idée simple : chez nous les femmes et les hommes qui se présentent pour devenir députés européens, ils ne sont pas des recalés du suffrage universel. Je dis ça sans mépris : moi-même il m’est arrivé de rencontrer avec quelques douleurs le suffrage universel et je trouve que c’est tout à fait estimable. Mais bâtir des listes avec des gens dont on sait qu’ils ne sont là que parce qu’ils n’ont pas été élus et qu’avant jamais ils ne s’étaient investis dans les affaires européennes et après probablement ne s’y investiront-ils jamais, c’est aussi quelque chose qui est aussi méprisant, aussi condescendant, aussi déplacé par rapport à nos priorités et à notre histoire que la décision qui a été prise par le gouvernement. Et rien que cela signifie quelque chose sur une certaine idée de l’Europe et une certaine idée de la politique. Rien que cela devrait justifier dans les semaines qui viennent pour tous les citoyens qui ne savent pas pour qui voter dans ces listes ayant choisi de dire une fois pour toutes « non les extrêmes ce n’est pas pour nous ». Rien que cela devrait suffire à leur indiquer qu’il y a une approche politique différente et je voudrais conclure sur ces mots. Nous avons besoin de refondation. On a traversé des temps difficiles. La France traverse des temps difficiles. Le monde entier traverse des temps difficiles parce qu’on a vécu la plus grande révolution, peut-être depuis l’invention de la roue. La révolution de l’information des systèmes d’informations, qui fait que désormais nous avons accès à la vitesse de la lumière à tous ce qui était hier lent, interdit, lointain. Désormais, c’est à portée de votre tablette, de votre ordinateur ou de votre iPhone. C’est une révolution dont nous n’avons pas fini de vivre les effets.

C’est un tremblement de terre. A cette révolution, qui a si profondément troublé l’esprit dans notre pays, il faut opposer la volonté ferme, stable, calme et engagée, d’une refondation. Refondation des attitudes civiques, refondation de l’idée que nous nous faisons de l’Europe. Refondation de nos choix de citoyens. Refondation de nos oppositions électorales. Nous affirmons que nous ne sommes pas intolérants, ni sectaires. C’est notre fierté. Nous pensons que nous avons besoin de cela. Nous nous opposons avec force lorsqu’il convient de s’opposer mais nous ne considérerons pas que eux sont des ennemis que nous avons à combattre. Ce sont des concurrents, ce sont des adversaires. Ils n’ont pas les mêmes idées que nous. Nous avons des débats et nous sommes prêts à débattre de toutes les manières mais nous ne partageons pas la vie politique française entre ennemis. Nous ne faisons pas de la guerre des clans et de la guerre des camps, l’alpha et l’oméga de la vie politique. Tout cela n’est pas éloigné de l’idée européenne. Si vous déplacez un peu le regard en dehors de l’hexagone et si vous regardez les autres pays, alors vous allez vous apercevoir qu’il existe des mœurs politiques complètement différentes. Par exemple, si vous regardez l’Allemagne et ses institutions, notamment la loi électorale qui est à la base de tout. Si nous pouvons être là, fiers de défendre nos idées, certains que ce sont les nôtres et que nous n’avons pas fait de compromis pour les présenter aux Français, c’est uniquement parce que pour ce seul et unique scrutin, nous avons une loi électorale juste qui fait que chacun a le nombre d’élus qu’il mérite en fonction du nombre de suffrages qu’il reçoit. Et c’est une approche toute différente. Parce que lorsqu’il y a une offre politique qui vaut la peine, alors les protestataires extrémistes, ils baissent. Je ne veux pas du tout citer Pau en exemple. Enfin à Pau, le Front National est tombé à 6%. Et c’est le cas dans d’autres villes, c’est le cas à Bordeaux. Quand vous avez une offre politique conséquente, solide, équilibrée - bien sûr il y a des climats politiques, je ne découvre pas la lune - à ce moment là, les électeurs adhèrent plus qu’ils ne rejettent. C’est cette vision-là que nous pouvons défendre dans cette élection, sans avoir peur de nous tromper, en acceptant d’affronter des obstacles qui paraissent infranchissables. Nous avons besoin d’une refondation politique et civique. Je crois que la France a besoin d’une refondation de son idéal européen, que l’Europe a besoin que des refondateurs s’expriment en son sein. Les députés européens que nous allons faire élire, je le crois et j’espère nombreux, défendront ces points de vues. Ils feront entendre cette voix originale à partir de laquelle les autres se situeront. Parce que si vous avez une voix forte alors les autres entendent. J’ai connu au Parlement européen - cela ne nous rajeunit pas - Monsieur Spinelli. Il était minoritaire à peu près partout et tout le monde se référait à la vision qu’il avait de l’avenir des institutions européennes. Nous, nous allons avoir une cohorte de députés qui vont être forts, qui vont avoir des idées, qui sont sincères, qui sont engagés, qui ne sont pas des recalés du suffrage universel, qui croient à quelque chose et qui vont le faire partager aux Français.

Je vous remercie.

 

 

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